Malgré l’accord de Paris, les projets émetteurs de CO2 se multiplient en France et dans le monde.

126 Un article de Reporterre, le 11 novembre 2016, par Elisabeth Schneiter.

L’accord de Paris sur le climat est entré en vigueur le 4 novembre, moins d’un an après sa signature. Mais les projets émetteurs de gaz à effet de serre ont le vent en poupe. Leur réalisation rendrait impossible de limiter le réchauffement à moins de 2 °C.

En signant l’accord de Paris, en décembre 2015, une année qui a vu la concentration de gaz à effet de serre dépasser un record historique, les pays du monde entier se sont engagés à « maintenir l’augmentation de la température mondiale bien en dessous de 2 degrés Celsius et à mener des efforts encore plus poussés pour limiter l’augmentation de la température à 1,5 degré Celsius au-dessus des niveaux préindustriels. »
 
En juillet dernier, un rapport de Oil Change International démontrait, à partir de chiffres provenant des industries elles-mêmes, que rien que la production actuelle, ou en cours de développement, de pétrole, gaz et charbon, suffit déjà pour porter la température mondiale bien au-delà de 2°C. La mise en production de nouvelles réserves, que ce soit par fracturation pour le gaz, le forage pétrolier ou le charbon, est donc bien un sabordage de la planète et des engagements signés à Paris et ratifiés.
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Les pays producteurs se dédouanent en invoquant le mode de calcul adopté par le protocole de Kyoto, et repris par l’accord de Paris, qui ne comptabilise que les émissions et pas la production. Seuls les pays consommateurs sont responsables des émissions. Les projets continuent donc, mines de charbon, autorisations de construire de nouveaux oléoducs ou terminaux pour le gaz et le pétrole de schiste, lancements de travaux pour des autoroutes… Le même rapport d’Oil change international constate (p. 9) que 14.000 milliards de dollars vont être injectés durant les vingt ans à venir dans les investissements dans de nouveaux forages, mines et infrastructures de transports !

« Il est judicieux d’avoir un étalement dans le temps de ces principes »

Tous ces projets sont mauvais pour le climat. En voici quelques exemples :

  • En France, François Hollande annonçait, dans son discours d’ouverture de la conférence environnementale, en avril dernier, vouloir encourager la production d’électricité de sources renouvelables (éolien, solaire…), par une surtaxe au courant électrique produit par les centrales alimentées en énergies fossiles (charbon, fioul et gaz), appelée « taxe charbon ». Mais le 20 octobre dernier, lors des débats sur la loi de finances 2017 à l’Assemblée nationale, Christian Eckert, secrétaire d’État au Budget, a répondu aux députés PS Serge Bardy et Jean-Paul Chanteguet, qui proposaient d’assujettir la production d’électricité à partir de charbon à la taxe intérieure sur la consommation (Ticc), « qu’il est judicieux d’avoir un étalement dans le temps de ces principes ». L’amendement a été abandonné, et tant pis pour les promesses du président et les réjouissances post COP21.

De surcroit, la Commission européenne a autorisé la France à appliquer un « mécanisme de capacité », mesure très technique mais qui permet de subventionner les capacités de production électriques dont… les centrales à charbon.

Les grands projets, fondés sur l’augmentation de la production de pétrole, sont nombreux en France. La concession de l’autoroute A45 (Lyon-Saint-Étienne) a construire a été déclarée le 20 avril, deux jours avant la signature à New York de l’accord de Paris. Le Grand Contournement ouest de Strasbourg a été relancé par le gouvernement, qui veut l’achever en 2020. Et, en avril dernier, les pétroliers se sont réunis pour le Sommet international sur les forages en haute-mer, le MCEDD, à Pau, fief de Total — suscitant la manifestation de 500 activistes climatiques.

  • La Grande-Bretagne contredisait dès la mi-décembre 2015 sa signature de l’accord de Paris en attribuant 95 nouveaux permis de recherche de pétrole et de gaz de schiste à 47 compagnies. Ces permis ne sont pas une autorisation automatique de forer, mais les députés britanniques, prévoyants, ont voté au même moment la possibilité de fracturation dans le sous-sol des parcs nationaux et autres sites protégés.

Au même moment, la secrétaire d’État au Changement climatique, Amber Rudd, annonçait une réduction de 65 % des subventions aux énergies renouvelables. Mais les abattements fiscaux pour les compagnies pétrolières et gazières en mer du Nord restent, eux, généreux tout comme ceux des entreprises de fracturation.

« Le rôle du charbon dans le développement du monde »

  • Deux mois après la COP21, l’Australie, l’un des plus gros pollueurs du monde, annonçait vouloir limiter la recherche sur le climat, supprimant notamment 350 postes de chercheurs pour financer des solutions « plus concrètes ». Malcolm Turnbull, Premier ministre, et Mathew Canavan, ministre des Mines, continuent de parler du « rôle du charbon dans le développement du monde » et de « l’importance des industries fossiles pour l’Australie ».

 

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Centrale au charbon d’Hazelwood en Australie

En février 2016, le gouvernement du Queensland, un État australien, a accordé à l’entreprise indienne Adani un permis environnemental puis, en avril, trois baux miniers pour la mine Carmichael, qui sera la plus grande du monde si elle se construit. Elle devrait exporter son charbon vers l’Inde et d’autres pays. En août 2016, lors du premier procès ayant pour thème les responsabilités dans « l’exportation du changement climatique », le tribunal fédéral australien a débouté la Fondation australienne pour la Conservation (ACF), qui demandait que soit pris en considération l’impact sur le réchauffement et sur la Grande Barrière de corail des 4,6 milliards de tonnes d’émissions prévues. Il y a en ce moment neuf projets de mégamines de charbon dans le bassin de Galilée, qui, ensemble, constituent le second développement de carburant fossile proposé après l’Ouest de la Chine. Pour l’instant, seul le prix trop bas du charbon empêche ces projets de démarrer.

Quelques bonnes nouvelles, cependant : la centrale à charbon d’Hazelwood, propriété d’Engie, vient d’être fermée. Cette centrale était la plus polluante du pays. Par ailleurs, la compagnie pétrolière BP a renoncé à chercher du pétrole dans la Grande Baie australienne.

La suite de cet article est ici.

Commentaire

L’ex-future usine de pellets industriels d’Anor fait évidemment partie intégrante des projets émetteurs de CO2. Mais pas seulement, il y bien d’autres polluants qui nous tomberons dessus !

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