Les industries du bois : un gouffre financier.

195  Un article du Monde Diplomatique, par Guillaume Pitron, en octobre 2016.

Les scieries sont le canal d’alimentation des industries du bois. Leur déliquescence a donc logiquement aggravé les difficultés que connaissait déjà l’aval de la filière. Les fabricants français de meubles, parquets, cuisines et huisserie ont dû « s’approvisionner en bois transformé auprès de scieurs étrangers, et ce à des prix plus élevés« , explique le scieur Alain Lefebvre. Importer une ressource dont nous disposons localement en abondance …

Cette logistique contre nature a fragilisé la compétitivité du secteur, tandis que la Chine, tout à sa stratégie de captation de la valeur ajoutée, a tué la concurrence européenne dans la seconde transformation. Elle s’appuie sans complexe sur une politique protectionniste, avec des taxes sur les importations européennes proportionnelles au degré de finition des produits : 8 % sur les grumes (troncs abattus et ébranchés), 14 % sur le bois scié, 20 % sur les parquets et …. 100 % sur les meubles (1).

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Grumes de la forêt de Mormal embarquées vers la Chine via Anvers.

A une question écrite du sénateur du Jura Gérard Bailly (Les Républicains), qui relevait ces termes inégaux des échanges, le ministre de l’agriculture avait répondu : « D’éventuelles mesures visant à rééquilibrer les régimes de taxes pour l’importation de produits transformés ou l’exportation de produits bruts relèvent des compétences exclusives de l’Union européenne et ne peuvent s’ouvrir que dans ce cadre. » Dans les faits, l’Europe n’impose aucune réciprocité et se laisse piller les emplois afférents.

En conséquence, « les acteurs français de la seconde transformation subissent désormais de plein fouet la compétition de produits finis chinois importés en France, fabriqués avec une matière première que nous leur avons vendue!« , s’emporte M. Jean-Marie Leclercq, directeur général de Professions Bois en Basse-Normandie. Toute la filière papetière a également été écrasée par la puissante concurrence scandinave. Certains industriels ont délocalisé tout ou partie de leur production, tels la parqueterie Morin ou le groupe Lapeyre. D’autres ont mis la clé sous la porte, comme le papetier M-Real. « Beaucoup souffrent, à l’image des fabricants de mobilier Parisot, Gautier ou Camif. Le parquetier Marty est  en liquidation« , détaille un scieur sous couvert d’anonymat. « Les jeux sont renversés, constate, stupéfait M. Jacques Lambrin, député Les Républicains de Meurthe-et-Moselle. Nous faisons office de pays sous-développé!« 

La sentence économique n’en est que plus sévère : en 2015, le déficit de la filière bois française avoisinait les 5,5 milliards d’euros. C’est près du double de celui de 1994 et, surtout, le deuxième poste du déficit commercial français … juste après les hydrocarbures.

(1) « Exportation du bois vers la chine », Journal officiel du Sénat, Paris, 13 juin 2013.

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L’article de Guillaume Pitron, dans Le Monde Diplomatique d’octobre 2016.

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A propos Jazz Man

Alerté lors de l’enquête publique en mai 2014 et intrigué par le projet d’usine de pellets industriels dans le bocage de Saint-Laurent à Anor, je me suis procuré l’ensemble des documents du dossier : étude d’impact, avis de l’autorité environnementale, avis de la commissaire enquêteur, avis du Parc Naturel Régional de l’Avesnois, rapport de l’inspection des installations classées et arrêté préfectoral accordant l’autorisation d’exploiter une unité de fabrication de granulés de bois et une centrale biomasse. J'ai été atterrés par ce que j'y ai lu. Plusieurs riverains étaient du même avis, nous avons donc créé un collectif. Au bout de quelques mois ce collectif est devenu une association : Anor Environnement. Le 20 novembre 2015, nous avons déposé un recours au Tribunal Administratif de Lille. En janvier 2016, la société Jeferco obtient une autorisation complémentaire permettant d'utiliser du bois de classe B (bois peints, collés, vernis et contenant potentiellement des métaux lourds) dans le process de fabrication de son pellet industriel. Le 28 février 2017, le Tribunal Administratif de Lille annule l'autorisation d'exploiter que le préfet du Nord avait accordé à la société Jeferco.
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