Forêt : au nom de l’économie, on détruit un capital naturel.

Un article de Reporterre, le 06 juin 2016. L’auteur est garde forestier.

La politique de l’Office national des forêts, contrainte par l’économie, vise à une surexploitation du bois, en oubliant les fonctions écologiques des forêts, juge l’auteur, lui-même forestier.

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La forêt domaniale de Fourmies en mai 2016.

Que ce soit pour se nourrir, se loger, se chauffer ou simplement pour ses loisirs, depuis tout temps la forêt est pour l’homme un bien commun. Sans elle l’humanité n’aurait tout simplement pas pu subsister. Pour ses besoins, notamment l’agriculture, l’homme l’a longtemps surexploité. À tel point, qu’en France dès le XIIIe siècle, des ordonnances royales ont commencé à réglementer son exploitation avec, entre autre, la création des « Eaux et forêts ». Malgré cela, la forêt a continué à subir une surexploitation et ce n’est que vers le XIXe siècle que la situation s’est améliorée. Ainsi est créé en 1965 le descendant du service des eaux et forêts : l’Office national des forêts.(ONF)

L’ONF, organisme d’État, a depuis ce jour en charge la gestion de la totalité des forêts publiques soit environ 25 % des forêts françaises (4,6 millions d’hectares). Son rôle est, au nom de l’État, et donc des citoyens, d’assurer une gestion durable des forêts. Cette gestion durable doit bien sûr prendre en compte la totalité des fonctions de la forêt : production de bois, accueil du public et bénéfice environnemental. De ce fait, l’ONF assure un service public qui ne peut être rentable. Par exemple, la surveillance, la recherche ou la création de sentiers sont des activités non commerciales qui ne peuvent ni ne doivent rapporter de l’argent. Pour assurer le bon fonctionnement de l’ONF, l’État verse donc chaque année une certaine somme, appelée versement compensateur, qui couvre les besoins financiers nécessaires au bon fonctionnement de l’établissement. Or, comme chacun le sait l’État cherche à économiser de l’argent partout où il peut. Il aimerait donc pouvoir réduire au maximum la part du versement compensateur dans le budget de l’ONF. Pour cela, l’Office doit devenir rentable. Dans cette optique, depuis une vingtaine d’année, plusieurs milliers de postes ont notamment été supprimés. Tout les 4 ans, l’État signe avec le conseil d’administration de l’ONF un « contrat d’objectif et de performance » (COP), qui donne les grandes lignes que l’Office doit suivre. Le COP 2016-2020 vient d’être signé. France nature environnement, qui fait parti du conseil d’administration, ainsi que l’ensemble des organisations syndicales, a voté contre. Ce nouveau COP prévoit entre autres :

  • « d’accroître la mobilisation du bois au bénéfice de la filière et de l’emploi. » En terme clair : récolter plus. Il est ainsi prévu de prélever en 2020 environ 1 million de m3 de bois en plus qu’en 2014 ! « La FNCOFOR (Fédération nationale des communes forestières) et l’ONF sensibiliseront les collectivités propriétaires à la nécessité, pour la gestion durable, d’assurer le développement de la récolte des bois en forêts des collectivités. »

De plus, dans le chapitre « accueillir le public en forêt », il est expliqué en substance que les forêts à destination essentiellement récréative coûtent chères, rapportent peu et que, donc, : « L’État, la FNCOFOR et l’ONF mèneront des actions de sensibilisation du public de façon à améliorer l’acceptation sociale des récoltes de bois. » Promeneur, attention chute d’arbre !

  • Le développement du bois énergie : « La biomasse forestière représente déjà une part prépondérante des énergies renouvelables (…). L’accroissement de la valorisation économique du bois énergie peut également déclencher l’amélioration des peuplements forestiers pauvres (taillis, etc.). » Ce qui signifie que l’on va maintenant exploiter des forêts qui autrefois ne l’étaient pas, car cela devient rentable. Présenter le bois énergie comme une solution écologique est un non-sens.

D’une part, en raison de la quantité de « matière » que nécessitent les grosses structures comme, par exemple, la centrale de Gardanne. D’autre part, cela va inciter à sortir de forêt du bois de plus en plus petit alors qu’autrefois celui-ci restait sur place et permettait, entre autre, d’enrichir le sol. Sans oublier que, certes, le bois est une énergie renouvelable mais, pour une forêt, vingt ans c’est du très court terme alors qu’une centrale biomasse doit être alimentée en permanence ;

  • Pour le volet social, « un recours accru à des salariés de droit privé » ne laisse rien présager de bon quant à la pérennité sur le long terme du service public forestier.

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Voici un petit aperçu de ce qui est prévu dans ce nouveau COP. La gestion purement commerciale prend tout doucement le pas sur la gestion multifonctionnelle. Quand on voit comment sont gérées certaines forêts privées (heureusement pas toutes) avec, entre autre, une priorité donnée aux essences à croissance rapide, ça donne une bonne idée de ce que peut devenir une forêt quand la rentabilité est privilégiée. L’ONF est très souvent décrié en raison des coupes de bois et c’est malheureusement parfois légitime. Cependant, l’exploitation forestière est un mal nécessaire car, si la forêt ne fournissait pas de bois, cela fait bien longtemps que l’homme l’aurait bétonnée ! Aujourd’hui, l’ONF pratique encore, tant bien que mal, une gestion raisonnée. Avec ce COP, ça ne pourra plus être le cas. Le plus incroyable est que tout ceci se passe dans l’indifférence générale. L’ONF est sous tutelle du ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire…. et de la Forêt. Si M. Le Foll a prononcé le mot forêt trois fois depuis le début de son mandat, c’est déjà beaucoup ! Aucun « grand » média n’a évoqué le sujet. Pas même quand des personnels de l’Office font grève ou occupent des sites. Une organisation syndicale a rédigé un contre-projet et mis en ligne une pétition. En trois mois, elle a recueilli moins de 1.700 signatures.

Au lendemain des fanfaronnades de la COP21 et à l’heure où les luttes écologistes se développent, on en vient à se demander si l’avenir de nos forêts intéresse encore quelqu’un…

L’article est ici.

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A propos Jazz Man

Alerté lors de l’enquête publique en mai 2014 et intrigué par le projet d’usine de pellets industriels dans le bocage de Saint-Laurent à Anor, je me suis procuré l’ensemble des documents du dossier : étude d’impact, avis de l’autorité environnementale, avis de la commissaire enquêteur, avis du Parc Naturel Régional de l’Avesnois, rapport de l’inspection des installations classées et arrêté préfectoral accordant l’autorisation d’exploiter une unité de fabrication de granulés de bois et une centrale biomasse. J'ai été atterrés par ce que j'y ai lu. Plusieurs riverains étaient du même avis, nous avons donc créé un collectif. Au bout de quelques mois ce collectif est devenu une association : Anor Environnement. Le 20 novembre 2015, nous avons déposé un recours au Tribunal Administratif de Lille. En janvier 2016, la société Jeferco obtient une autorisation complémentaire permettant d'utiliser du bois de classe B (bois peints, collés, vernis et contenant potentiellement des métaux lourds) dans le process de fabrication de son pellet industriel. Le 28 février 2017, le Tribunal Administratif de Lille annule l'autorisation d'exploiter que le préfet du Nord avait accordé à la société Jeferco.
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