Réponse de l’association Anor Environnement à l’entretien accordé à La Voix du Nord par la société Jeferco le 17 juin 2016.

La Voix du Nord, dans un titre très accrocheur, nous annonce que « le projet de l’usine à pellets est bouclé ». Mais l’article est moins affirmatif puisque M. Rosado nous explique attendre que les clients pressentis, des industriels, laissent tomber le pétrole au profit du pellet dès que le prix du premier aura baissé et que le second deviendra rentable. Pour un porteur de projet, une telle déclaration n’est pas banale, car être suspendu aux cours du pétrole afin de savoir si le projet va se réaliser n’est ni sérieux ni responsable. Et ce n’est pas la seule interrogation qui ressort de cet entretien, car si quelques réponses sont « lâchées », beaucoup de nouvelles questions se posent.

Le fonctionnement.

L’usine tournera 11 mois sur 12, 24 heures sur 24, mais ne fonctionnera pas la nuit pour éviter les nuisances sonores. En réalité et selon l’étude d’impact, l’écorçage et le broyage fonctionneraient 6 jours sur sept et douze heures par jour. Le reste (affinage, séchage,  granulation, broyeur/affineur et chaudière) fonctionnerait 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. Et selon le permis de construire, le projet va s’installer sur 11 ha et non pas 7. Voilà la réalité.

Et que dire de la déclaration la plus choquante de cet entretien ou l’on nous explique que pour donner naissance au pellet, il faudra de l’eau et de la chaleur. Or, dans l’étude d’impact (page 120) Jeferco a écrit : « Pas d’utilisation d’eau dans le process ». Ça paraissait tellement vrai puisqu’il demandait le raccordement au réseau d’eau public pour disposer de 50 M3/an pour les sanitaires. Le préfet a d’ailleurs autorisé 100 M3. Mais la vérité est ailleurs puisqu’une usine de pellet dans la Nièvre a été autorisée à forer dans la nappe phréatique afin de disposer de 10 000 M3 d’eau par an. Raison pour laquelle nous disons depuis le début que Jeferco aura besoin d’eau. Mais ou vont-ils trouver toute cette eau ?

La matière première.

« Il y aura aussi du bois de recyclage qui n’est pas dangereux ». Le bois de recyclage a été traité chimiquement et il est dangereux s’il n’est pas dépollué. Les bois de démolition peuvent, par exemple contenir des peintures au plomb. Dans les réponses fournies par Jeferco aux questions de la commissaire enquêtrice en juin 2014, voici ce qu’écrivait M. Rosado: « Le bois utilisé par Jeferco sera du bois issus d’exploitations forestières, et en aucun cas du bois ayant subi un quelconque traitement. » Et aujourd’hui, il affirme le contraire. Comment lui faire confiance ?

Puisque « toute la matière première sera acheminée en plaquettes », elle arrivera en camions bennes de 30 tonnes, alors qu’à l’origine elle devait être acheminée sous forme de billons de bois dont les camions peuvent transporter jusqu’à 57 tonnes. Cette différence de 27 tonnes par camion n’est pas anodine car le nombre de camion va augmenter et ne sera donc plus de 36 par jour (72 passages) comme dans le projet original. Combien de camions vont finalement emprunter nos routes ? D’après nos calculs, environ 45 camions/jour soit 90 passages.

De la même manière, dans le projet original la chaudière devait être alimentée par les écorces et les billons de moins de 14 cm. Or, si tout arrive sous forme de plaquette, que va-t-on bruler dans cette chaudière ? Des plaquettes vertes ou des plaquettes souillées ?

Les incohérences et les oublis.

Le président de Jeferco déclare : « Ingénieur de formation, j’ai travaillé pour Eau et Force ; j’ai ensuite créé la troisième société française d’éoliennes que j’ai revendue. Donc, je connais un peu tous les aspects d’un projet ». Sauf un, car il n’a aucune expérience du bois et de la biomasse. « Le dossier financier est bouclé » affirme J-F Rosado. Est-il en si bons termes avec les banquiers ? Eux si frileux en ce moment, même avec les projets dans l’air du temps…

J-F Rosado parle de respect du développement durable et de l’environnement. Il oublie de mentionner qu’il va détruire une dizaine d’espèces d’oiseaux qui sont sur la liste rouge de la directive européenne de protection des oiseaux. Il oublie d’expliquer que les déchets de peintures, de colle et de vernis vont bloquer les broyeurs et boucher les presses qui ne pourront qu’exploser. Il oublie de dire qu’en plus des 24 tonnes annuelles de poussière de bois sortant de la cheminée (chiffres issus de l’arrêté préfectoral autorisant l’exploitation) nous aurons la poussière de peinture, de colle et de vernis. Il oublie qu’il manque, dans son étude, l’évaluation des incidences du projet sur la zone Natura 2000. Il oublie qu’il manque l’étude d’impact obligatoire de l’embranchement de voie ferrée. Il oublie que le « fossé » dans lequel il compte rejeter ses eaux polluées est en fait le ruisseau St Laurent qui se jette dans le ruisseau d’Anor puis dans l’Oise, mentionné sur les plans « zones inondables » de la préfecture du Nord. Il oublie que pour respecter ses engagements pris pour la quiétude du voisinage, il va faire tourner son usine 24h/24, 7 jours sur 7 et 11 mois par an. Il oublie que, selon l’arrêté préfectoral, la somme des flux polluants sortant de la cheminée sera de 290 tonnes par an. Bref, cet entretien est une somme d’oublis qui pose plus de questions qu’il ne donne de réponses.

En conclusion

Le pellet a été inventé afin de recycler la sciure qui est le déchet fatal de la scierie. Pour fabriquer 120 000 tonnes de pellets par an il faut 150 000 tonnes de sciure. Mais si on utilise du bois vert, comme veut le faire Jeferco, il faut 262 500 tonnes de bois pour fabriquer la même quantité de pellet. C’est la pire utilisation qui puisse être faite du bois de nos forêts. D’autant que Jeferco n’a tenu compte à aucun moment du plan forêt régional et des contrats bois-forêt régionaux qui sont établis par le conseil régional pour réguler les coupes et augmenter les surfaces boisées de notre région. Au contraire, il les ignore et n’a sollicité le conseil régional que pour obtenir des subventions.

Au final, ce type d’usine à gaz carbonique ne doit pas exister, NI ICI, NI AILLEURS !!

043

Des bois de classe « B » dits bois souillés.

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A propos Jazz Man

Alerté lors de l’enquête publique en mai 2014 et intrigué par le projet d’usine de pellets industriels dans le bocage de Saint-Laurent à Anor, je me suis procuré l’ensemble des documents du dossier : étude d’impact, avis de l’autorité environnementale, avis de la commissaire enquêteur, avis du Parc Naturel Régional de l’Avesnois, rapport de l’inspection des installations classées et arrêté préfectoral accordant l’autorisation d’exploiter une unité de fabrication de granulés de bois et une centrale biomasse. J'ai été atterrés par ce que j'y ai lu. Plusieurs riverains étaient du même avis, nous avons donc créé un collectif. Au bout de quelques mois ce collectif est devenu une association : Anor Environnement. Le 20 novembre 2015, nous avons déposé un recours au Tribunal Administratif de Lille. En janvier 2016, la société Jeferco obtient une autorisation complémentaire permettant d'utiliser du bois de classe B (bois peints, collés, vernis et contenant potentiellement des métaux lourds) dans le process de fabrication de son pellet industriel. Le 28 février 2017, le Tribunal Administratif de Lille annule l'autorisation d'exploiter que le préfet du Nord avait accordé à la société Jeferco.
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