Climat : le grand bluff des multinationales.

134  Une enquête de Jean-Baptiste Renaud, présentée par Elise Lucet le mardi 24 mai 2016  sur France 2, à voir ou à revoir dans « Cash Investigation ».

Quand Engie, Total et Lafarge lavent plus vert, ça peut leur rapporter gros et polluer toujours autant. Ces entreprises se présentent comme « écolo-responsables » alors qu’elles émettent des quantités massives de CO2. Derrière les grandes déclarations de principes, c’est à qui trouvera les meilleurs moyens pour continuer à faire du business sans se soucier de la planète. Et chacun a sa spécialité.

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Total, Engie, Lafarge : devant, elles promettent d’être vertes. Dans les coulisses, elles sont championnes du CO2. Une enquête de Cash Investigation.

Quand Engie carbure au charbon.

Le premier volet de l’enquête mène les équipes de « Cash Investigation » aux antipodes. Rendez-vous à Morwell, à moins de 200 kilomètres de Melbourne, en Australie. Engie (ex-GDF Suez) y exploite la centrale à charbon la plus polluante du monde. En février 2014, un incendie s’est déclaré dans la mine à ciel ouvert qui l’alimente. Il a asphyxié toute une région pendant des semaines. Coût pour la collectivité australienne : 18 millions de dollars, tandis que des intérimaires chargés de « liquider » la catastrophe, sans masques, ont été atteints par des maladies de mineurs. Pire, un rapport parlementaire explique que toutes les causes de l’incendie auraient pu – et donc dû – être anticipées. Engie émet 131 millions de tonnes de CO2 par an. Son chiffre d’affaire ? 76 milliards d’euros. Grâce notamment au charbon et ses 26 centrales encore en activité. En 2009, 11% de l’électricité vendue par Engie dans le monde provenait du charbon, six ans plus tard, c’est 20%. Et l’éolien ? Tout juste 2%…

Lafarge et le principe du « pollueur payé ».

Face aux émissions de CO2, une solution a mis tout le monde d’accord, grands industriels compris : le marché du carbone. Il a été mis en place en Europe il y a une dizaine d’années et pourrait être étendu au monde entier. C’est une sorte de « permis de polluer » : chaque entreprise se voit accorder un quota de CO2, et doit payer pour chaque tonne émise au-delà. Selon le principe du « pollueur payeur ». Mais en se faisant octroyer très généreusement leurs quotas (gratuits), grâce à un intense lobbying auprès des pouvoirs publics, les grosses entreprises ont non seulement évité de payer pour leur pollution, mais ont pu revendre leurs surplus sur le marché. Et on est passé au principe du « pollueur payé ». Le cimentier Lafarge – 93 millions de tonnes de CO2 émises par an – est passé maître à ce petit jeu. Entre 2008 et 2014, il aurait engrangé 485 millions d’euros en revendant ses quotas en trop. Une fortune obtenue grâce à la générosité du système mis en place par l’Union européenne.

Les sales sables bitumineux de Total.

Dernière étape de l’enquête : le Canada et son pétrole le plus sale du monde, les sables bitumineux. Pour produire un seul baril de brut, il faut deux tonnes de sable, brûler énormément d’énergie et émettre des quantités astronomiques de CO2. Pourtant Total – 44 millions de tonnes de CO2 par an – vient d’investir pas moins de 12 milliards de dollars à Fort McMurray, en Alberta, une région boréale et glacée, pour extraire ce sable gris et poisseux. Afin de remplir les réservoirs de nos voitures, ici en Europe. Le pétrole devrait bientôt voyager depuis les contrées du nord-ouest canadien vers les supertankers de l’Atlantique grâce à un gigantesque oléoduc passant sous le fleuve Saint-Laurent, au Québec. Avec un débit de 2 000 litres à la seconde. Sa construction, très largement encouragée par Total, est une menace de plus pour le climat : selon une étude publiée en 2015, mettre en service ce tuyau équivaudrait aux émissions cumulées de 7 millions de voitures supplémentaires.

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Engie, Lafarge et Total, trois fleurons industriels français, devant les caméras, encensent la COP21 et s’engagent à respecter ses objectifs, alors que, hors champ, ils polluent à tous les étages. Après le documentaire, Elise Lucet reçoit sur le plateau de « Cash Investigation » Ségolène Royal, ministre de l’Environnement et nouvelle présidente de la COP21, ainsi que Nicolas Hulot.

L’émission Cash Investigation est à revoir ici.

Commentaire

Ce film révèle les dessous d’un étrange marché : celui des «quotas carbone». Créé par l’Union européenne il y a dix ans, il était censé inciter les industries à réduire leurs émissions de CO2. Mais ce système est aujourd’hui dévoyé au profit des plus gros émetteurs de CO2. Loin de ses déclarations d’intention sur le climat, la société Total n’hésite pas à investir des milliards de dollars au Canada pour exploiter le pétrole le plus sale de la terre. Ainsi, en Alberta, les forêts boréales ont cédé leur place à des mines à ciel ouvert où sont exploités les sables bitumineux. Le film a été diffusé avant le gigantesque incendie de Fort Mc Muray début mai et n’en parle donc pas. Néanmoins, nous savons aujourd’hui que l’exploitation du sable bitumineux en est responsable. En date du 20 mai, plus de 500 000 hectares ont été brulés.

 

 

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A propos Jazz Man

Point culminant du département du Nord, Anor (3 300 habitants) se situe à la limite de l’Aisne, de la Belgique et des Ardennes. Notre commune, bocagère et joliment vallonnée, est adhérente au Parc Naturel Régional de l’Avesnois. En juin 2014, un projet "d'unité de fabrication" de granulés de bois (120 000 T/an) et une centrale biomasse sans cogénération de 15 MW, nous intrigue lors de l’enquête publique. Le 18 décembre 2014, le préfet du Nord accorde à la société Jeferco l'autorisation d'exploiter cette usine expérimentale de pellets industriels qui serait destinée à alimenter des centrales électriques utilisant le bois-énergie au Danemark ou en Allemagne. Nous créons un collectif qui devient rapidement l'association Anor Environnement. Le 20 novembre 2015, nous déposons un recours au Tribunal Administratif de Lille. En janvier 2016, la société Jeferco, ne trouvant pas suffisamment de bois vert dans le département le moins boisé de France, obtient du préfet un arrêté complémentaire lui permettant d'utiliser des bois de classe B : bois peints, collés, vernis et pouvant contenir des métaux lourds, des fongicides, des insecticides, des pesticides, des COV ou des HAP. Le 28 février 2017, le Tribunal Administratif de Lille annule l'autorisation d'exploiter. Début mars 2017, le promoteur fait appel. Le 15 juin 2017, Il obtient un sursis mais ne met pas en œuvre son projet, sans doute consciente des lacunes du dossier. Début juillet 2017, ce promoteur dépose un nouveau projet - la loi ayant changé pour lui être plus favorable - soumis à enquête publique du 01 au 30 juin 2018. Le 06 août 2018, la commissaire enquêteur publie ses conclusions, son avis et un rapport de 400 pages : AVIS DÉFAVORABLE. En septembre 2018, nous découvrons que le promoteur a déposé en juin 2017 le même projet à Damblain, une commune du département des Vosges. Serait-ce un plan B ? Le 16 octobre 2018, le CoDERST donne un avis favorable au second projet Jeferco. Le 25 octobre 2018, le préfet accorde une autorisation d'exploiter. Et au même moment, nous apprenons que fabriquer du pellet avec du bois de classe 'B', ça ne peut pas fonctionner. Les américains ont abandonné cette technique et aucun exploitant au monde n'a réussi à passer au stade industriel. C'est donc bien une usine expérimentale ! Le 11 décembre 2018, le préfet des Vosges signe l'autorisation d'exploiter : le plan B devient un plan A. Le 28 février 2019, nous déposons une requête en annulation auprès du Tribunal Administratif de Lille pour le second projet. Le 18 mars 2019, à propos du premier projet, le Ministre de la Transition Écologique et Solidaire informe la Cour Administrative d'Appel de Douai de l'obtention, par la Sas Jeferco, d'une nouvelle autorisation préfectorale (qui annulerait la première) pour ce projet d'usine expérimentale de pellets industriels. Le 24 avril 2019, le promoteur dépose un mémoire en maintien d'appel, expliquant que, pour lui, il n'y a pas de second projet mais un acte de régularisation du premier projet ayant un "caractère modificatif ou substitutif". Le 30 mai 2019, nous déposons un mémoire en non-lieu à statuer. Le 06 juin 2019, la Cour Administrative d'Appel de Douai est réunie en audience publique. Le rapporteur public demande le non-lieu à statuer. Ce qui va annuler toute la procédure liée au premier projet. Verdict fin juin, probablement. Ce type d'usine expérimentale et polluante, fonctionnant 24/24, sept jours sur sept, va contribuer à industrialiser nos forêts. Elle n'a sa place ni ici, ni ailleurs !
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2 commentaires pour Climat : le grand bluff des multinationales.

  1. TIM dit :

    Les exploitants de pétrole s’en fichent bien de l’écologie, c’est comme les fabriquant de voitures, plus grandes, plus larges, plus lourdes avec plus d’équipement de bord, on prend des mesures qui augmentent de 20% la consommation et ensuite on réfléchi à comment on va diminuer de 5% cette consommation. Et après on prétend lutter contre le réchauffement climatique…
    D’ailleurs, est-ce que vous-même vous croyez au réchauffement climatique, juste pour savoir?

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  2. Jazz Man dit :

    Je préfère parler de changement climatique que de réchauffement, car le climat se dérègle, la biodiversité disparait. On est dans la phase descendante des énergies fossiles, avec l’extraction du pétrole bitumineux, et donc dans la phase descendante de notre civilisation …. Le début de la régression. La disparition des abeilles va entrainer la disparition des humains.

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