Coupes à blanc à l’Office National des Forêts.

Un article du blog de Médiapart, le 17 juillet 2012, par Christophe Pélaprat.

Commentaire : Bien que cet article date de 2012, il est toujours d’actualité. De l’aveu des syndicalistes, l’ONF prélève plus que ce que la forêt produit et les coupes à blanc sont de plus en plus fréquentes. Pour Mormal et Fourmies, les deux grandes forêts domaniales de notre région, l’ONF va remplacer les chênes Pédonculés par des chênes Sessiles, sous prétexte que les seconds consomment moins d’eaux que les premiers et que le réchauffement climatique rendra l’eau plus rare. Ne serait-ce pas l’autoroute de l’eau qui expliquerait cette rareté prévisionnelle? Mais alors comment expliquer que la forêt Landaise, la plus grande d’Europe composée majoritairement de pins maritime, possède quelques petites productions de chênes Pédonculés qui résistent depuis 1857 à des températures de 5 à 10 degrés supérieures à celle de l’Avesnois?

Le garde forestier est-il en train de devenir un simple marchand de bois, un prestataire de service à l’affût de ses clients ? Rarement sous les feux de l’actualité, l’Office National des Forêts ne semble pas échapper aux dogmes du libéralisme effréné. Les métiers de la forêt en sont les premières victimes mais, plus insidieusement, c’est tout l’héritage forestier français et son patrimoine naturel qui en est menacé. « Quelle forêt pour nos enfants ? », se demandent les forestiers.

« Gestionnaire de forêts et d’espaces naturels, l’ONF est acteur du développement durable », peut-on lire en en-tête du site officiel de l’Office National des Forêts. Une vocation de service public honorable pour cet organisme issu de la prestigieuse Administration des Eaux et Forêts créée à la fin du 19e siècle, devenu EPIC (Établissement public à caractère industriel et commercial) en 1964. Mais si le développement durable s’affiche en filigrane à toutes les pages, la durabilité des missions de l’ONF semble de plus en plus contestée par ses agents.
Le 19 mars dernier à Toulouse, comme dans quatre autres grandes villes de France, des ouvriers forestiers manifestaient pour dénoncer leurs conditions de travail et la suppression de nombreux postes. Le dernier contrat de plan pour les quatre ans à venir prévoit une réduction de 700 emplois, soit 1,5 % par an, qui se traduit par de plus en plus de postes vacants. « D’ici cinq ans, l’ONF n’existera plus, prévient Dominique Dallarmi, responsable de secteur à St-Gaudens. En 2016, l’Office aura moins de personnel qu’à sa création. »
Il est vrai qu’avec 725 personnes dans le Sud-Ouest (Aquitaine et Midi-Pyrénées réunis) pour plus de 500 000 ha de superficie gérée, l’ONF peine à assurer ses missions « régaliennes » de gestion et de surveillance. Mais n’est-ce pas le but avoué d’une perpétuelle réforme des services en cours depuis dix ans ? « Nous passons d’une logique d’aménagement et de «  gardiennage » à un recentrage sur la production de bois, explique Philippe Berger, secrétaire national du SNUPFEN. Pour nous, une gestion forestière durable implique une approche globale et pluri-fonctionnelle, aujourd’hui on ne nous permet plus d’assurer les missions confiées par les codes forestiers et de l’environnement. Nous devenons le bras armé de la filière bois ». «  La production est maximisée au détriment des fonctions sociales et environnementales de la forêt, confirme Dominique Dallarmi. Tout ce qui peut être favorable à la commercialisation du bois est bien vu, même au mépris de la réglementation. » Lots exploités trop tôt, procès-verbaux pour vol de bois étouffés, volumes bradés, larges concessions à de gros exploitants… Les exemples de dérives se multiplient.

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Coupes à blanc et grosses ornières en forêt de Fourmies le 08 mai 2016.

Une vision à court terme.

Agent de terrain sur l’arrondissement de Millau, Frank Saigne vit au quotidien cette surenchère à la production, soumis au nouveau management d’objectifs. « On prélève plus que ce que la forêt produit, on n’a plus les moyens de la gérer sereinement. Les coupes à blanc se font sans régénération du sol, il n’y a pas de budget pour replanter derrière… ». Les plans de gestion qui orientent sur quinze ans l’aménagement de chaque forêt se réduisent en termes de mètres cubes et d’euros. De plus en plus simplifiés, ils privilégient le court terme au mépris des échelles de temps séculaires de certaines essences, comme ces anciennes chênaies de St-Gaudens qui, une fois surexploitées, mettront très longtemps à se recomposer. Les forêts publiques, bien que ne représentant qu’un tiers des espaces boisés en France (18 % dans le Sud-Ouest), recèlent de vieux boisements importants en termes de biodiversité. Seule la forêt de Bouconne, en périphérie de Toulouse, semble avoir été épargnée, sa situation périurbaine lui valant un statut de protection. Bien que, là encore, un œil averti relèvera le déficit de travaux touristiques en retard, du fait de la désorganisation des services.

Car l’ONF s’est scindé en agences spécialisées, chacune en charge de missions spécifiques. Études, travaux, commercialisation, elles remplacent les agences territoriales qui coordonnaient l’ensemble des missions. Tandis que ces dernières, dépossédées de leurs missions, fusionnent en services de plus en plus centralisés, au détriment du maillage territorial, ce cloisonnement en prestations favorise la concurrence entre les différentes équipes. Deux agences de l’ONF peuvent candidater sur la même prestation et la désinformation entre collègues est de mise. « On peut ne pas être prévenus des travaux, qui se font parfois sur des parcelles non prévues, raconte Frank Saigne. Mais surtout, nos missions de base sont occultées au profit de prestations plus rémunératrices. Des agents de l’ONF se retrouvent à relever des lignes électriques en milieu urbain, sous contrat avec EDF ! »
Dépossédés de leur métier et de leur forêt, beaucoup vivent très mal ces changements. L’ONF a connu 25 suicides en France en cinq ans, dont quatre dans le Sud-Ouest l’an passé. Ces drames, compte tenu des effectifs de l’ONF, sont tout de même proportionnellement cinq fois plus importants que ceux de France Telecom. « Nous ne sommes pas passéistes, les forestiers sont prêts à évoluer, assure Philippe Berger. Mais à condition de revenir à une vision globale de la forêt, pourquoi pas en collaborant avec le privé pour un grand service public.  »

L’article de Médiapart est ici

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Forêt domaniale de Fourmies, le 08 mai 2016.

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A propos Jazz Man

Alerté lors de l’enquête publique en mai 2014 et intrigué par le projet d’usine de pellets dans la zone d’activité Saint-Laurent à Anor (à 150 m de chez moi) , je me suis procuré l’ensemble des documents du dossier : étude d’impact, avis de l’autorité environnementale, avis de la commissaire enquêteur, avis du Parc Naturel Régional de l’Avesnois, rapport de l’inspection des installations classées et arrêté préfectoral accordant l’autorisation d’exploiter une unité de fabrication de granulés de bois et une centrale biomasse. J'ai été atterrés par ce que j'y ai lu. Plusieurs riverains étaient du même avis, nous avons donc créé un collectif. Au bout de quelques mois ce collectif est devenu une association : Anor Environnement. Le 20 novembre 2015, nous avons déposé un recours au Tribunal Administratif de Lille. Et en janvier 2016, la société Jeferco obtient une autorisation complémentaire permettant d'utiliser du bois de classe B (bois peints, collés, vernis) dans le process de fabrication de son pellet industriel.
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Un commentaire pour Coupes à blanc à l’Office National des Forêts.

  1. TIM dit :

    N’importe quoi ce projet de remplacer les chênes pédonculés! Ils ont aussi prétendus que les hêtres allaient disparaitre dans 30 ans à 50 ans à cause du réchauffement climatique, bien sur ils survivent dans des régions plus chaudes que le Nord.

    J'aime

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