Coupes à blanc à l’Office National des Forêts.

122   Un article du blog de Médiapart, le 17/072012, par Christophe Pélaprat.

Le garde forestier est-il en train de devenir un simple marchand de bois, un prestataire de service à l’affût de ses clients ? Rarement sous les feux de l’actualité, l’Office National des Forêts ne semble pas échapper aux dogmes du libéralisme effréné. Les métiers de la forêt en sont les premières victimes mais, plus insidieusement, c’est tout l’héritage forestier français et son patrimoine naturel qui en est menacé. « Quelle forêt pour nos enfants ? », se demandent les forestiers.

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Forêt domaniale de Fourmies, le 08 mai 2016.

« Gestionnaire de forêts et d’espaces naturels, l’ONF est acteur du développement durable », peut-on lire en en-tête du site officiel de l’Office National des Forêts. Une vocation de service public honorable pour cet organisme issu de la prestigieuse Administration des Eaux et Forêts créée à la fin du 19e siècle, devenu EPIC (Établissement public à caractère industriel et commercial) en 1964. Mais si le développement durable s’affiche en filigrane à toutes les pages, la durabilité des missions de l’ONF semble de plus en plus contestée par ses agents.

Le 19 mars dernier à Toulouse, comme dans quatre autres grandes villes de France, des ouvriers forestiers manifestaient pour dénoncer leurs conditions de travail et la suppression de nombreux postes. Le dernier contrat de plan pour les quatre ans à venir prévoit une réduction de 700 emplois, soit 1,5 % par an, qui se traduit par de plus en plus de postes vacants. « D’ici cinq ans, l’ONF n’existera plus, prévient Dominique Dallarmi, responsable de secteur à St-Gaudens. En 2016, l’Office aura moins de personnel qu’à sa création. »

Il est vrai qu’avec 725 personnes dans le Sud-Ouest (Aquitaine et Midi-Pyrénées réunis) pour plus de 500 000 ha de superficie gérée, l’ONF peine à assurer ses missions « régaliennes » de gestion et de surveillance. Mais n’est-ce pas le but avoué d’une perpétuelle réforme des services en cours depuis dix ans ?

« Nous passons d’une logique d’aménagement et de «  gardiennage » à un recentrage sur la production de bois, explique Philippe Berger, secrétaire national du SNUPFEN. Pour nous, une gestion forestière durable implique une approche globale et pluri-fonctionnelle, aujourd’hui on ne nous permet plus d’assurer les missions confiées par les codes forestiers et de l’environnement. Nous devenons le bras armé de la filière bois ». «  La production est maximisée au détriment des fonctions sociales et environnementales de la forêt, confirme Dominique Dallarmi. Tout ce qui peut être favorable à la commercialisation du bois est bien vu, même au mépris de la réglementation. »

Lots exploités trop tôt, procès-verbaux pour vol de bois étouffés, volumes bradés, larges concessions à de gros exploitants… Les exemples de dérives se multiplient.

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Coupes à blanc et grosses ornières en forêt de Fourmies le 08 mai 2016.

Une vision à court terme.

Agent de terrain sur l’arrondissement de Millau, Frank Saigne vit au quotidien cette surenchère à la production, soumis au nouveau management d’objectifs. « On prélève plus que ce que la forêt produit, on n’a plus les moyens de la gérer sereinement. Les coupes à blanc se font sans régénération du sol, il n’y a pas de budget pour replanter derrière… ». Les plans de gestion qui orientent sur quinze ans l’aménagement de chaque forêt se réduisent en termes de mètres cubes et d’euros. De plus en plus simplifiés, ils privilégient le court terme au mépris des échelles de temps séculaires de certaines essences, comme ces anciennes chênaies de St-Gaudens qui, une fois surexploitées, mettront très longtemps à se recomposer. Les forêts publiques, bien que ne représentant qu’un tiers des espaces boisés en France (18 % dans le Sud-Ouest), recèlent de vieux boisements importants en termes de biodiversité. Seule la forêt de Bouconne, en périphérie de Toulouse, semble avoir été épargnée, sa situation périurbaine lui valant un statut de protection. Bien que, là encore, un œil averti relèvera le déficit de travaux touristiques en retard, du fait de la désorganisation des services.

Car l’ONF s’est scindé en agences spécialisées, chacune en charge de missions spécifiques. Études, travaux, commercialisation, elles remplacent les agences territoriales qui coordonnaient l’ensemble des missions. Tandis que ces dernières, dépossédées de leurs missions, fusionnent en services de plus en plus centralisés, au détriment du maillage territorial, ce cloisonnement en prestations favorise la concurrence entre les différentes équipes. Deux agences de l’ONF peuvent candidater sur la même prestation et la désinformation entre collègues est de mise.

« On peut ne pas être prévenus des travaux, qui se font parfois sur des parcelles non prévues, raconte Frank Saigne. Mais surtout, nos missions de base sont occultées au profit de prestations plus rémunératrices. Des agents de l’ONF se retrouvent à relever des lignes électriques en milieu urbain, sous contrat avec EDF ! »

Dépossédés de leur métier et de leur forêt, beaucoup vivent très mal ces changements. L’ONF a connu 25 suicides en France en cinq ans, dont quatre dans le Sud-Ouest l’an passé. Ces drames, compte tenu des effectifs de l’ONF, sont tout de même proportionnellement cinq fois plus importants que ceux de France Telecom.

« Nous ne sommes pas passéistes, les forestiers sont prêts à évoluer, assure Philippe Berger. Mais à condition de revenir à une vision globale de la forêt, pourquoi pas en collaborant avec le privé pour un grand service public.  »

L’article de Médiapart est ici


Commentaire

Cet article date de 2012 mais il est toujours d’actualité. De l’aveu des syndicalistes, l’ONF prélève plus que ce que la forêt produit et les coupes à blanc sont de plus en plus fréquentes. Pour Mormal et Fourmies, les deux grandes forêts domaniales de notre région, l’ONF va remplacer les chênes Pédonculés par des chênes Sessiles, sous prétexte que les seconds consomment moins d’eaux que les premiers et que le réchauffement climatique rendra l’eau plus rare. Ne serait-ce pas plutôt l’autoroute de l’eau qui expliquerait cette rareté prévisionnelle ? Mais alors comment expliquer que la forêt Landaise, la plus grande d’Europe composée majoritairement de pins maritime, possède quelques petites productions de chênes Pédonculés qui résistent depuis 1857 à des températures de 5 à 10 degrés supérieures à celle de l’Avesnois ?

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A propos Jazz Man

Point culminant du département du Nord, Anor (3 300 habitants) se situe à la limite de l’Aisne, de la Belgique et des Ardennes. Notre commune, bocagère et joliment vallonnée, est adhérente au Parc Naturel Régional de l’Avesnois. En juin 2014, un projet "d'unité de fabrication" de granulés de bois (120 000 T/an) et une centrale biomasse sans cogénération de 15 MW, nous intrigue lors de l’enquête publique. Le 18 décembre 2014, le préfet du Nord accorde à la société Jeferco l'autorisation d'exploiter cette usine expérimentale de pellets industriels qui serait destinée à alimenter des centrales électriques utilisant le bois-énergie au Danemark ou en Allemagne. Nous créons un collectif qui devient rapidement l'association Anor Environnement. Le 20 novembre 2015, nous déposons un recours au Tribunal Administratif de Lille. En janvier 2016, la société Jeferco, ne trouvant pas suffisamment de bois vert dans le département le moins boisé de France, obtient du préfet un arrêté complémentaire lui permettant d'utiliser des bois de classe B : bois peints, collés, vernis et pouvant contenir des métaux lourds, des fongicides, des insecticides, des pesticides, des COV ou des HAP. Le 28 février 2017, le Tribunal Administratif de Lille annule l'autorisation d'exploiter. Début mars 2017, le promoteur fait appel. Le 15 juin 2017, Il obtient un sursis mais ne met pas en œuvre son projet, sans doute consciente des lacunes du dossier. Début juillet 2017, ce promoteur dépose un nouveau projet - la loi ayant changé pour lui être plus favorable - soumis à enquête publique du 01 au 30 juin 2018. Le 06 août 2018, la commissaire enquêteur publie ses conclusions, son avis et un rapport de 400 pages : AVIS DÉFAVORABLE. En septembre 2018, nous découvrons que le promoteur a déposé en juin 2017 le même projet à Damblain, une commune du département des Vosges. Serait-ce un plan B ? Le 16 octobre 2018, le CoDERST donne un avis favorable au second projet Jeferco. Le 25 octobre 2018, le préfet accorde une autorisation d'exploiter. Et au même moment, nous apprenons que fabriquer du pellet avec du bois de classe 'B', ça ne peut pas fonctionner. Les américains ont abandonné cette technique et aucun exploitant au monde n'a réussi à passer au stade industriel. C'est donc bien une usine expérimentale ! Le 11 décembre 2018, le préfet des Vosges signe l'autorisation d'exploiter : le plan B devient un plan A. Le 28 février 2019, nous déposons une requête en annulation auprès du Tribunal Administratif de Lille pour le second projet. Le 18 mars 2019, à propos du premier projet, le Ministre de la Transition Écologique et Solidaire informe la Cour Administrative d'Appel de Douai de l'obtention, par la Sas Jeferco, d'une nouvelle autorisation préfectorale (qui annulerait la première) pour ce projet d'usine expérimentale de pellets industriels. Le 24 avril 2019, le promoteur dépose un mémoire en maintien d'appel, expliquant que, pour lui, il n'y a pas de second projet mais un acte de régularisation du premier projet ayant un "caractère modificatif ou substitutif". Le 30 mai 2019, nous déposons un mémoire en non-lieu à statuer. Le 06 juin 2019, la Cour Administrative d'Appel de Douai est réunie en audience publique. Le rapporteur public demande le non-lieu à statuer. Ce qui va annuler toute la procédure liée au premier projet. Verdict fin juin, probablement. Ce type d'usine expérimentale et polluante, fonctionnant 24/24, sept jours sur sept, va contribuer à industrialiser nos forêts. Elle n'a sa place ni ici, ni ailleurs !
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Un commentaire pour Coupes à blanc à l’Office National des Forêts.

  1. TIM dit :

    N’importe quoi ce projet de remplacer les chênes pédonculés! Ils ont aussi prétendus que les hêtres allaient disparaitre dans 30 ans à 50 ans à cause du réchauffement climatique, bien sur ils survivent dans des régions plus chaudes que le Nord.

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