Biomythes : une couteuse arnaque au carbone !

Le rapport de « Global Forest Coalition » (coalition mondiale des forêts) daté de décembre 2015, sur les aberrations de la biomasse au niveau mondial. En voici la synthèse.

Le terme «bioénergie dérivée du bois » se réfère à toute une gamme de différents types de carburants ligneux qui sont utilisés de différentes manières et à différentes échelles. À petite échelle, le bois, les résidus du bois et le charbon de bois sont des carburants traditionnels et le bois constitue toujours la ressource énergétique principale des populations les plus pauvres dans le monde entier.

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Cependant, la «bioénergie dérivée du bois» est maintenant considérée comme une source d’énergie à échelle industrielle, ce qui entraine des conséquences potentiellement dévastatrices pour les forêts, la biodiversité, les populations dépendant des forêts et le changement climatique.
Des centrales énergétiques sont alimentées par des résidus forestiers, des chutes de bois, des copeaux de bois ou de la sciure. De plus, l’utilisation de granulés de bois fabriqués à base de sciure sèche comprimée est en augmentation. Ces granulés ont une densité énergétique plus importante et sont plus faciles à transporter, ce qui facilite le commerce international ainsi que la production et la consommation locale. À présent, l’hémisphère nord, États-Unis et Europe sont les principaux consommateurs de biomasse dérivée du bois à échelle industrielle. Mais il est très possible que ce scénario se modifie. Les investissements dans des installations de biomasse dérivée du bois en Asie indiquent avec certitude que la production et la consommation asiatique de carburants ligneux est en augmentation rapide. En général, la bioénergie est d’ores et déjà la première source d’énergie «renouvelable». La production totale de bioénergie est actuellement de 50 EJ, mais l’Agence internationale de l’énergie (AIE) anticipe que ce chiffre va plus que tripler d’ici à 2050 et atteindre 160 EJ dont 100 EJ pour la génération de chauffage et électricité.
Les pays sont censés s’éloigner des carburants fossiles et se diriger vers la biomasse, dont la biomasse dérivée du bois, pour trois raisons : afin d’assurer la sécurité de l’approvisionnement énergétique, afin d’éviter la volatilité du prix des carburants fossiles et afin d’atténuer le changement climatique.
L’utilisation de la biomasse comme un outil clé du combat contre le changement climatique est fondé sur le mythe qu’elle est neutre en carbone. Et ce n’est pas le cas.
– Dans un premier temps, les arbres qui n’existent plus, ne peuvent plus contribuer à la séquestration du carbone, ce qui signifie que la concentration de carbone atmosphérique sera plus élevée que si ces arbres n’avaient pas été abattus.
– Deuxièmement, il n’est pas garanti que tout arbre brûlé pour produire de la bioénergie soit remplacé par un autre qui pourra pousser et atteindre la maturité.
– Troisièmement, des décennies peuvent passer avant que le carbone émis ne soit complètement réabsorbé par les arbres (argument principal de la promotion de la biomasse), alors que le temps disponible pour réduire les émissions de carbone avant que le changement climatique n’atteigne son «point de non retour» est sérieusement limité.
– De surcroit, récolter et brûler du bois rejette plus de dioxyde de carbone que brûler du charbon, ce qui est vraiment choquant vu que le charbon est la source d’énergie la plus sale.
– Enfin, l’Agence internationale de l’énergie déclare que des études suggèrent que cette demande croissante pourrait être satisfaite par les déchets, résidus et par des cultures plantées à des fin de production d’énergie, mais même si c’était possible, cela ne veut pas dire que du bois bon marché venant de plantation ne serait pas utilisé.

En l’absence de tout règlement, c’est le prix de ces carburants ligneux qui déterminera ce qui est utilisé et non le fait qu’il s’agisse ou pas de déchets. Globalement, cette lacune dans la comptabilité du «neutre en carbone» affaiblira les progrès de l’atténuation du changement climatique. Cela permettra aux centrales électriques de continuer à pomper des émissions de carbone dans l’environnement alors que les États peuvent faussement déclarer qu’ils réduisent les émissions. Le prix des granulés de bois étant, en général, plus élevé que le prix des carburants fossiles, nombre de gouvernements mettent en place ou ont mis en place des incitations économiques visant à rendre l’utilisation de la bioénergie dérivée du bois plus attrayante pour l’industrie. Ce remplacement des carburants fossiles est également provoqué par les objectifs d’énergie renouvelable dans la plupart des pays. Vers la mi 2015, 164 pays avaient au moins un type d’objectif d’énergie renouvelable, alors qu’en 2005, nous ne comptions que 45 pays.

Les économies émergentes et en développement représentent maintenant 131 de ces 164 pays. Ces objectifs varient des annonces et des plans sectoriels des gouvernements à des obligations légalement contraignantes.
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