Anor : un vrai débat sur l’usine à pellets à la communauté de communes… enfin!


Un article de La Voix du Nord, par Lionel Maréchal, le 13 avril 2016.

Alors que le projet est dans les tuyaux depuis deux ans, pour la première fois, lundi, il a été débattu publiquement à la communauté de communes Sud Avesnois. Plusieurs garanties écrites sont demandées à l’investisseur.

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Enfin ! Un vrai débat public à la communauté de communes Sud Avesnois, lundi soir, sur le projet de l’usine à pellets à Anor – qui est porté par l’intercommunalité. Un projet pour lequel il a été inscrit, au budget, la somme de 1,15 M€ de travaux, correspondante aux VRD (voirie et réseaux divers) qui seront réalisés par la collectivité. « Et, une fois n’est pas coutume, c’est un montant que l’industriel s’est engagé à nous rembourser sur 20 ans », a observé le président, Jean-Luc Pérat. C’est le vice-président et maire d’Ohain, Alain Rattez, qui est alors intervenu : « Notre commune s’est attachée les services d’un avocat dans ce dossier car nous demandons des garanties : qu’un capteur soit placé à la sortie de la cheminée de l’usine, qu’il n’y ait pas de stockage de bois souillés sur le site et qu’une commission de sécurité (avec des élus) soit mise en place ». Et M. Rattez d’indiquer « qu’aucune étude sur les impacts maraîchage et touristique n’a été effectuée dans ce dossier si bien que sept emplois pourraient disparaître au Verger biologique ». « Les bois dépollués seront livrés par un prestataire certifié », a assuré M. Pérat, qui a pris bonne note des remarques du premier magistrat ohainais. Dont pour la cheminée, en rappelant qu’il y en a déjà une de 70 m près d’Ohain avec la verrerie belge de Momignies. « Il faut que l’industriel acte ses engagements par écrit », a observé David Hurblain.

Le débat a ensuite glissé sur l’emploi suite à la remarque de Corinne Ridé : « Combien cette entreprise va-t-elle créer d’emplois ? Et puis, sachant que l’on s’engage pour longtemps, est-ce que cette entreprise sera encore là dans 20 ans ? » Réponse du président : « Je fais confiance. Vingt-cinq emplois devraient être au rendez-vous et j’insisterai, pour un recrutement local avec formation à l’appui ». Pour ce dernier, si les garanties financières sont réunies du côté de l’investisseur (1), la société Jeferco, les travaux de construction pourraient débuter dès le mois de septembre prochain (2016 NDLR) sur la zone industrielle Saint-Laurent d’Anor.

(1) Ce projet d’usine à pellets, c’est 19 M€, 26 emplois, 3 770 m2 de bâtiment, 200 000 tonnes de bois utilisées par an, dans un espace de 13 hectares.

L’article de La voix du Nord est ici.

Commentaire

Comme le dit le maire d’Ohain, Alain Rattez, aucune étude sur les impacts maraîchage et tourisme n’a été effectuée dans ce dossier. Ce ne sont pas les seuls manquements. Une étude hydraulique des sols tronquée, le ruisseau St Laurent étant devenu un fossé. Pas d’étude hydraulique des sous-sols. Aucune étude concernant les rejets de polluants. Une étude ornithologique à minima, puisque qu’ils recensent 29 espèces dont 21 protégées alors que nous en avons découvert 58 dont 43 protégées (étude validée par constat d’huissier). Absence d’étude d’impact des 900 mètres de voie ferrée, pourtant obligatoire. Aucune étude sur les dégâts occasionnés aux routes par les 72 camions journaliers. Pas d’étude vétérinaire sur les poussières de bois qui contamineront les animaux de ferme et rendront le lait impropre à la consommation. Ni sur les lumières et le bruit, 335 nuits/an, perturbant la faune sauvage et les habitants. Rien sur le financement de ce projet, ni sur l’approvisionnement en bois vert. Il y a bien d’autres manquements dans ce dossier. Et aussi 60 problèmes, mensonges et incohérences que nous avons découvert ! Ne serait-ce pas ça le vrai débat sur l’usine à pellets ? Mais le promoteur de cette usine ne veut pas d’un vrai débat public.

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A propos Jazz Man

Alerté lors de l’enquête publique en juin 2014 et intrigué par ce projet d’usine de pellets industriels - pellets destinés à alimenter des centrales électriques au charbon migrant vers le bois-énergie, en Belgique ou en Allemagne - dans le bocage de Saint-Laurent à Anor, je me suis procuré l’ensemble des documents du dossier : étude d’impact et ses annexes, avis de l’autorité environnementale, avis consultatif du commissaire enquêteur, avis du conseil municipal d'Anor, avis consultatif du Parc Naturel Régional de l’Avesnois, rapport de l’inspection des installations classées, avis consultatif du CODERST et arrêté préfectoral accordant l’autorisation d’exploiter une "unité de fabrication" de granulés de bois (120 000 T/an) et une centrale biomasse sans cogénération de 15 MW. J'ai été atterré par ce que j'y ai lu. Beaucoup de riverains étant du même avis, nous avons créé un collectif qui, au bout de quelques mois, est devenu l'association Anor Environnement. Le 20 novembre 2015, nous avons déposé un recours au Tribunal Administratif de Lille. En janvier 2016, la société Jeferco a obtenu du préfet un arrêté complémentaire qui lui permet d'utiliser des bois de classe B (bois peints, collés, vernis et pouvant contenir des métaux lourds, des fongicides, des pesticides ou des composés organiques volatiles non naturels) dans le processus de fabrication de son pellet pour l’industrie. Le 28 février 2017, le Tribunal Administratif de Lille annule l'autorisation d'exploiter qui avait été accordée par le préfet du Nord à la société Jeferco. Début mars 2017, le promoteur fait appel. La décision de la Cour Administrative d’Appel de Douai est attendue en 2018. Début 2018, ce même promoteur dépose en préfecture un nouveau projet qu'il dit être le même - la loi ayant changé pour lui être plus favorable - mais qui est en fait différent à 50% du premier projet. En effet, le premier projet a été modifié pour incorporer des bois de classe B. Le permis de construire a été modifié. Tout l'approvisionnement arrivera sous forme de plaquettes, ce qui implique la suppression de l'écorçage, du broyeur-déchiqueteur et du parc à bois. Un brevet a été obtenu en 2017. Le système de filtres de la cheminée a complètement changé pour passer du filtre cyclonique à l'électro-filtre dont les boues seront rejetées dans l'assainissement collectif. Il n'y aura pas de réunion public, ce qui va priver la population d'une information correcte que la loi exige ! Si ce second projet obtenait une autorisation, nous l'attaquerions immédiatement en justice. Car ce type d'usine polluante du monde d'avant, fonctionnant 24/24 et sept jours sur sept, n'a sa place ni ici, ni ailleurs !
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