German Pellets trébuche, victime de boulimie et d’imprudences.


223  Un article de Bioénergie Internationale, par Frédéric Douard, le 17 février 2016.

Commentaire : la situation de German Pellets, déjà évoquée ici le 01 mars, est emblématique de ce genre d’industriel qui se jette tête baissée sur les énergies renouvelables, à condition d’avoir un maximum de subventions ! Et rappelons que si le pellet bénéficie d’une efficacité énergétique de 0,93 % pour le chauffage individuel, ce n’est pas le cas pour la filière électricité (pellet industriel), puisque les centrales thermique migrant vers la biomasse ont une efficacité énergétique de 0,28 à 0,32%.

Camion_German_Pellets

Le géant allemand du granulé de bois, créé en 2005 par Peter Leibold,  vient d’être mis sous administration judiciaire le 11 février 2016 par le tribunal de Schwerin : en cause une trésorerie asséchée par des hivers doux, des cours de l’énergie au plus bas mais surtout par une frénésie d’investissements. 

Concernant les hivers doux, dont tous les producteurs de combustibles souffrent, ce n’est pas un phénomène nouveau, et les industriels prudents cherchent à anticiper ces phénomènes dangereux pour la trésorerie et la bonne santé des entreprises en ne produisant pas trop à l’avance et en ne surdimensionnant pas leurs capacités de production. Chez German Pellets, c’est une confiance aveugle en une croissance à deux chiffres ultra-régulière, mais surtout une boulimie économique qui a précipité l’entreprise cotée en bourse vers la cessation de paiement. Depuis 2011, grisée par l’ambition de devenir et de rester le premier producteur mondial, l’entreprise n’a en effet eu de cesse d’investir dans de nouveaux outils de production, même gigantesques comme aux États-Unis (deux unités de 500 000 tonnes à Woodville au Texas et à Urania en Louisiane, dont une qui est en train d’être doublée en capacité à 1 million de tonnes ! ), et de rachats de concurrents ou de partenaires (FireStixx, Hot’ts, Münchenpellets, Kago, Nord Energie). Pour cela l’entreprise s’est fortement endettée. German Pellets a pris d’énormes risques : tabler sur une croissance continue du marché, alors que nous vivons le troisième hiver doux consécutif, et investir sur des marchés volatils comme l’électricité verte subventionnée au Royaume-Uni ou en Belgique.

Usine German Pellets - Torgau-Saxe

Usine German Pellets à Torgau – Saxe.

Pour l’instant c’est plutôt la conjoncture climatique et les cours des énergies qui ont fait mettre le genou à terre à German Pellets, mais l’histoire a aussi montré que baser une part considérable de ses investissements, ici aux États-Unis, sur des marchés soutenus par l’unique politique d’un ou quelques États, c’est prendre des risques inconsidérés. Et ce risque du marché des centrales électriques est double : le risque que les politiques ne suppriment leurs subsides du jour au lendemain, et d’autre part que les producteurs d’électricité ne soient aussi tentés d’interrompre ces approvisionnements dans des périodes comme celles que nous vivons actuellement, avec un prix des combustibles excessivement bas ! Des milliers de petits investisseurs, européens et américains, se réveillent aujourd’hui avec la gueule de bois, ayant cru avec enthousiasme dans les renouvelables, ce qui n’est pas en défaut aujourd’hui, mais surtout ayant abandonné toute leur confiance, ou leur méfiance, dans l’inébranlable économie allemande, sauf que le surcroît de confiance ou d’ambition conduit toujours à la ruine !

Et je terminerai en rappelant que le seul marché solide pour la filière granulé de bois, c’est le chauffage, car le granulé de bois reste le combustible raffiné le moins cher du marché et car cette application bénéficie d’une efficacité énergétique proche de un, ce qui n’est pas le cas de la filière électrique.

L’article est ici.

 

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A propos Jazz Man

Alerté lors de l’enquête publique en juin 2014 et intrigué par le projet d’usine de pellets industriels - qui sont destinés à alimenter des centrales électriques au charbon migrant vers le bois-énergie, en Belgique, en Angleterre ou en Allemagne - dans le bocage de Saint-Laurent à Anor, je me suis procuré l’ensemble des documents du dossier : étude d’impact et ses annexes, avis de l’autorité environnementale, avis consultatif du commissaire enquêteur, avis consultatif du Parc Naturel Régional de l’Avesnois, rapport de l’inspection des installations classées, avis du CODERST et arrêté préfectoral accordant l’autorisation d’exploiter une usine de fabrication de granulés de bois (120 000 T/an) et une centrale biomasse sans cogénération de 15 MW. J'ai été atterré par ce que j'y ai lu. Beaucoup de riverains étant du même avis, nous avons créé un collectif qui, au bout de quelques mois, est devenu l'association Anor Environnement. Le 20 novembre 2015, nous avons déposé un recours au Tribunal Administratif de Lille. En janvier 2016, la société Jeferco obtient de la préfecture une autorisation complémentaire permettant d'utiliser des bois de classe B (bois peints, collés, vernis et pouvant contenir des métaux lourds, des fongicides ou des pesticides) dans le processus de fabrication de son pellet pour l’industrie. Le 28 février 2017, le Tribunal Administratif de Lille annule l'autorisation d'exploiter accordée par le préfet du Nord à la société Jeferco. Début mars 2017, le promoteur fait appel. La décision de la Cour Administrative d’Appel de Douai est attendue pour le début de l’année 2018. Mais ce même promoteur prépare déjà un nouveau projet - probablement le même, la loi ayant changé pour lui être plus favorable - qui est en cours de finalisation. Si ce second projet obtient une autorisation, nous l'attaquerons aussi en justice. Car ce type d'usine polluante du monde d'avant, fonctionnant 24/24 et sept jours sur sept, n'a sa place ni ici, ni ailleurs !
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