L’engouement pour le bois-énergie industriel : un phénomène international aux conséquences planétaires.

Extraits du dossier « Halte à la biomascarade ». Ce document  peut être consulté sur le site du Collectif de Vigilance Gaz de Gardanne-Pays d’Aix (CVGG).

Commentaire : En lisant la totalité de cet article, on constate que « dans les centrales à charbon converties à la biomasse il est conseillé de ne brûler que des pellets issus de feuillus à croissance lente avec un faible pourcentage d’écorce. En effet, les autres types d’arbres ont un niveau trop élevé de sels alcalins et corrodent leurs chaudières. » Mais malgré cela, Jeferco va fabriquer des pellets issus de feuillus, de résineux et de bois de recyclage. Qui va acheter ce pellet ?

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La centrale thermique de Provence, à Gardanne.

Dans le cadre de la centrale d’E.On à Gardanne, la dimension mondiale de cette problématique est déjà évidente, car pendant les premiers dix ans de fonctionnement la moitié du bois sera importée. C’est grâce à des rapports détaillés publiés par des associations britanniques, canadiennes et américaines que nous avons commencé à mesurer l’échelle de la catastrophe. Il s’avère que le projet d’E.On à Gardanne fait partie d’un nombre considérable de telles conversions « charbon-vers-biomasse » en Europe. Prenons l’exemple du Royaume-Uni (RU) où les centrales à charbon sont parmi les plus polluantes d’Europe. Selon un article de la « Global Forest Coalition », plusieurs centrales à charbon qui ne respectaient pas les exigences de la « Directive européenne sur les grandes installations de combustion » à cause de leurs fortes émissions de dioxyde de soufre (SO2) ont été ou seront converties à la biomasse. Les conversions déjà autorisées au RU auront besoin de plus de 50 millions de tonnes de bois par an, soit plus de cinq fois tout le bois produit annuellement par les forêts du pays. Une seule centrale de Drax brûlera entre 15 et 16 millions de tonnes de biomasse par an !

Les conversions « charbon-vers-biomasse » sont au cœur de la politique britannique sur les énergies renouvelables. Il est donc bien évident que les autorités britanniques et les industriels du secteur au RU comptent sur des importations massives de bois, en général sous la forme de pellets. En résulte une véritable ruée vers l’or vert.  Nicolas Mainville, directeur de Greenpeace Québec, a écrit dans son blog : « J’étais de passage en Europe la semaine dernière, entre autres pour rencontrer des représentants et députés du Parlement européen. Objectif : tenter de faire changer les politiques énergétiques européennes qui encouragent (et même subventionnent) la combustion de bois pour remplacer le charbon dans les grandes centrales thermiques. Les forêts européennes ne pouvant suffire à la demande grandissante des géants énergétiques (GDF-Suez, RWE, DRAX, Vattenfal, E.ON, etc.), ces grands producteurs d’électricité ont de plus en plus recours au bois des forêts canadiennes et américaines. Utilisant initialement des sciures et des résidus industriels, les producteurs de granulés canadiens doivent maintenant se tourner vers la forêt pour suffire à la demande. » (…) À l’image de cette industrie qui se développe en catimini sans réel débat public, le Port de Québec a donné son aval à l’entreprise Arrimage Québec pour construire un terminal et permettre l’exportation de 75.000 tonnes de granulés annuellement à destination d’une immense centrale thermique de 4000 MW appartenant à DRAX en Angleterre. Or l’opposition de la population locale est palpable et l’acceptabilité sociale de ce projet est loin d’être acquise, sachant que Drax brûlera plus de 7 millions de tonnes de bois annuellement dès l’an prochain. Les granulés qui passeront par le Port de Québec proviennent d’arbres de la forêt Ontarienne abattus et broyés par Rentech Inc., une entreprise californienne en pleine expansion dans le monde de la bioénergie. En 2011, Rentech s’est vu attribué par l’Ontario plus de 1,1 million de mètres cubes de bois annuellement en terre publique. »

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Selon un rapport de Greenpeace Canada, « les coupes à blanc, encore majoritairement utilisées et fortement agglomérées, détruisent jusqu’à 145.000 hectares de forêt boréale par bloc de coupe, ce qui équivaut à plus de 150.000 terrains de football ». Ce pillage de la ressource est tel que 61 scientifiques américains ont écrit à la Commission européenne pour s’inquiéter de cette situation, estimant que les États du Sud des États-Unis vont exporter près de 6 millions de tonnes de bois en 2015. Ils demandent à l’Union Européenne de « repenser sa politique qui alimente cette demande pour des pellets de bois comme source de combustible pour générer de l’électricité en Europe ».

« Les sociétés s’implantent dans les régions forestières du monde entier. Elles achètent des forêts entières, y implantent des unités de fabrication de granulés destinés à approvisionner des centrales électriques européennes. Autre conséquence de cette nécessaire ressource : l’émergence de la « culture » du bois. L’idée étant de planter des forêts d’essence à croissance rapide et donc à rotation courte, de 10 à 15 ans, d’exploiter par coupe rase et de replanter. Avec comme conséquence la nécessité d’intrants pour favoriser la croissance rapide et de grandes quantités d’eau pour démarrer la pousse. Voir par exemple E.On en Afrique, qui achète 8000 ha quitte à exproprier les petits paysans locaux et à leur interdire l’accès à l’eau. L’Australie, qui privilégie l’utilisation des déchets bois, a interdit l’utilisation du bois d’œuvre en tant que bois énergie. Pour pallier à cette difficulté, certaines compagnies de production d’énergie envisagent de cultiver de grandes étendues d’Eucalyptus pour fabriquer du combustible pour leur propre compte, mais aussi pour l’export à destination de… l’Europe. » Dans ces plantations d’arbres à destination des centrales à biomasse l’on trouvera sans doute les nouvelles espèces d’arbres génétiquement modifiés. Depuis plusieurs années, des expérimentations sont menées sur des variétés d’eucalyptus et de peuplier OGM. L’Institut National de Recherche Agronomique en France a récemment mené un projet de recherche intitulé « Taillis à très courte rotation de peupliers génétiquement modifiés pour les propriétés du bois – Évaluations agronomique et environnementale – Évaluation du bois pour la production de bioénergie ».

Mais selon d’autres informations, dans les centrales à charbon converties à la biomasse il est conseillé de ne brûler que des pellets issus de feuillus à croissance lente avec un faible pourcentage d’écorce. En effet, les autres types d’arbres ont un niveau trop élevé de sels alcalins et corrodent leurs chaudières. Ainsi, ce n’est pas par hasard que les entreprises de production de pellets les plus performantes du Sud des États-Unis ciblent les forêts de feuillus. S’il est vrai que des entreprises comme Drax ont besoin d’exploiter des forêts de feuillus à croissance lente, l’impact sera immédiat, car très peu de forêts feuillues autochtones dans le Sud des États-Unis ont survécu aux coupes rases et aux plantations de monocultures de résineux. La plupart de ces forêts se trouvent dans les zones isolées ou humides. La biodiversité de la région sera anéantie en un court laps de temps. L’industrie dépendra ensuite de la destruction de forêts à croissance lente ailleurs, au Canada, en Russie, en Europe de l’Est… On pourrait penser que la perspective était déjà assez sombre ainsi, mais d’autres menaces planent sur les forêts de notre planète. Dans un entretien avec Radio Zinzine, Sylvain Angerand des Amis de la Terre, lance l’avertissement que la nouvelle génération de biocarburants visera surtout des arbres. Un article publié par Enerzine vient confirmer cette crainte. « En 2012, la Finlande a notifié son intention de soutenir financièrement la construction d’une unité de production d’huile de pyrolyse dans une centrale combinée chaleur et électricité existante à Joensuu. » Joaquín Almunia, commissaire européen chargé de la politique de concurrence, a donné son feu vert à la construction de cette usine. Pour lui, « l’huile de pyrolyse constitue une excellente alternative au fuel lourd. Elle peut être utilisée dans des chaudières à mazout existantes moyennant des adaptations minimes, ce qui constitue un sérieux incitant, pour les producteurs de chaleur, à se tourner vers des combustibles plus propres. » L’article précise que « la production repose sur un processus dit de ‘pyrolyse rapide’, par lequel la biomasse est convertie en bio-huile ».

Autre exemple : le Commissariat à l’Énergie Atomique vient de lancer le projet « Syndiese » (acronyme pour « diesel de synthèse ») à Saudron (Haute Marne) à 3 km de la commune de Bure, lieu du futur enfouissement de déchets radioactifs. Syndiese est un projet de « démonstrateur pré-industriel » visant à produire du diesel de synthèse à partir de 75000 tonnes de biomasse sèche issues de ressources forestières locales. Pour que ce projet puisse être rentable, il faudrait, selon l’IFP, un million de tonnes par an de biomasse.

http://cvgg.eklablog.com/dossier-biomasse-eon-c25620214

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