Le gouvernement abandonne l’Ecologie.


Un article de Reporterre, par Hervé Kempf, le 17 février 2016.

En abandonnant le mot Écologie et en requalifiant le ministère  de l’Environnement , M. Hollande et Mme Royal nous font revenir dans une conception passéiste du monde.

Un changement majeur et signifiant est passé inaperçu dans le brouhaha qui a entouré le remaniement gouvernemental du 11 février. On n’a vu que l’arrivée d’Emmanuelle Cosse, secrétaire nationale d’un parti qui exprimait nettement son refus de participer au gouvernement. Ladite secrétaire a préféré titre, traitement et voiture avec chauffeur à ce qu’on appelle l’honneur. Mais cette misérable embauche a caché un autre recul de l’écologie, plus grave sur le plan des idées. Car plus que les ministricules, ce sont « les idées qui mènent le monde », comme l’affirmait le philosophe Hegel.

Le ministère de l’Écologie est subrepticement devenu ministère de l’Environnement.

Ce changement de mot reflète un changement de perspective, de philosophie, et en fait une véritable régression. Car les deux mots n’expriment pas la même vision du monde. L’environnement est ce qui entoure l’homme, et se préoccuper de l’environnement est se préoccuper de l’aménager pour qu’il soit favorable à la société humaine, posée en extériorité avec le monde.

L’écologie est la science des relations entre les organismes, et entre ceux-ci et leur milieu. Elle exprime l’idée que l’homme ne peut s’isoler, ne doit pas avoir un rapport uniquement utilitaire avec son environnement, mais rétablir une relation nouvelle avec un monde dont il est un élément essentiel mais pas central.

Se référer à l’écologie plutôt qu’à l’environnement, c’est donc commencer à quitter la conception occidentale de la nature, issue des philosophes Descartes (« nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature ») et Bacon, qui a conduit à la crise… écologique planétaire que nous éprouvons en ce début du XXIe siècle. C’est dire que, derrière les indispensables politiques, un changement de comportement collectif est indispensable, qui ne peut venir que d’une mutation culturelle. Pour résumer, l’écologie est le mot de la nouvelle relation au monde, l’environnement celui de l’humain voulant contrôler la biosphère.

En 2007, dans la foulée de la montée de la préoccupation écologique – avec l’alarme lancée par Al Gore, le pacte de Nicolas Hulot, le Grenelle de l’environnement -, le nouveau ministère dirigé par Jean-Louis Borloo était devenu le « ministère de l’Ecologie ». Il marquait l’ambition de lancer une autre perspective. Moins de dix ans plus tard, au détour d’une opération politicienne, Mme Royal revient à l’appellation des années 1970, quand ce ministère avait été créé.

Y a-t-elle réfléchi sérieusement ? Quand on interroge sa chargée de communication, la réponse est évasive : « La ministre l’a expliqué, c’est parce que l’environnement est plus global, c’est plus compréhensible par le grand public. » Une telle hauteur de vue est pénétrante. A moins que l’analyse de Corinne Lepage soit exacte : « Peut-être s’agit-il de marquer la différenciation avec les écologistes, en un geste politique. » La médiocrité politicienne continuerait donc à gouverner les choix essentiels.

Voici donc le ministère de l’Environnement et sa conception vieillotte.

Je vous rassure, s’il en était besoin : Reporterre reste « le quotidien de l’écologie », tourné vers l’avenir, vers la mutation culturelle, vers de nouveaux liens entre tous les êtres vivants…

http://www.reporterre.net/Le-gouvernement-abandonne-l-Ecologie

Publicités

A propos Jazz Man

Alerté lors de l’enquête publique en juin 2014 et intrigué par le projet d’usine de pellets industriels - qui sont destinés à alimenter des centrales électriques au charbon migrant vers le bois-énergie, en Belgique, en Angleterre ou en Allemagne - dans le bocage de Saint-Laurent à Anor, je me suis procuré l’ensemble des documents du dossier : étude d’impact et ses annexes, avis de l’autorité environnementale, avis consultatif du commissaire enquêteur, avis consultatif du Parc Naturel Régional de l’Avesnois, rapport de l’inspection des installations classées, avis du CODERST et arrêté préfectoral accordant l’autorisation d’exploiter une usine de fabrication de granulés de bois (120 000 T/an) et une centrale biomasse sans cogénération de 15 MW. J'ai été atterré par ce que j'y ai lu. Beaucoup de riverains étant du même avis, nous avons créé un collectif qui, au bout de quelques mois, est devenu l'association Anor Environnement. Le 20 novembre 2015, nous avons déposé un recours au Tribunal Administratif de Lille. En janvier 2016, la société Jeferco obtient de la préfecture une autorisation complémentaire permettant d'utiliser des bois de classe B (bois peints, collés, vernis et pouvant contenir des métaux lourds, des fongicides ou des pesticides) dans le processus de fabrication de son pellet pour l’industrie. Le 28 février 2017, le Tribunal Administratif de Lille annule l'autorisation d'exploiter accordée par le préfet du Nord à la société Jeferco. Début mars 2017, le promoteur fait appel. La décision de la Cour Administrative d’Appel de Douai est attendue pour le début de l’année 2018. Mais ce même promoteur prépare déjà un nouveau projet - probablement le même, la loi ayant changé pour lui être plus favorable - qui est en cours de finalisation. Si ce second projet obtient une autorisation, nous l'attaquerons aussi en justice. Car ce type d'usine polluante du monde d'avant, fonctionnant 24/24 et sept jours sur sept, n'a sa place ni ici, ni ailleurs !
Cet article a été publié dans Environnement. Ajoutez ce permalien à vos favoris.