Les rôles primordiaux des haies centenaires

Les pratiques agricoles productivistes provoquent une perte conséquente d’humus dans les sols. En effet, le labour déstructure ceux-ci, provoquant une importante érosion (éolienne et hydrolienne) et rejetant dans l’atmosphère une grande quantité de carbone stocké grâce à l’humus !
Les haies centenaires permettent de retenir, à travers leur important système racinaire et la structuration puissante du sol (humus), une partie de la terre lessivée par le vent et la pluie. Par ailleurs, les inondations sont accentuées par la destruction du bocage, de même que par l’artificialisation des sols. Les racines profondes des vieux arbres et arbustes servent de relais entre le sol et les nappes phréatiques, permettant à l’eau de s’infiltrer en profondeur, au lieu de ruisseler sur les champs. Sans ces précieux arbres centenaires et talus boisés, nous connaîtrons de plus en plus de crues soudaines et violentes, de glissements de terrain, d’inondations, de ravinements !

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L’emplacement de la future usine et les haies de charmes têtards.

A contrario, en période de sécheresse, les haies permettent à l’eau du sous-sol de remonter, par évapotranspiration des plantes qui la composent, humidifiant ainsi l’atmosphère du champ. Nombre d’agriculteurs pensent aujourd’hui qu’une haie bocagère d’un mètre d’épaisseur suffit ou qu’il n’est pas nécessaire d’avoir les cinq strates de végétation (arbres de haut jet, arbres de moyenne taille, arbustes, lianes, plantes couvrantes au sol). Avec une haie pareille, l’agriculteur aura effectivement tendance à se demander quelle fonction elle remplit, et à se tourner sans réfléchir vers les arguments techniques et économiques de la filière bois bocage énergie !

Mais sait-on qu’une haie bocagère doit être de cinq à six mètres d’épaisseur, au minimum, et composée de cinq strates afin que son effet climatique (brise-vent en particulier) soit optimal ?
Ainsi, une haie épaisse et stratifiée protège les cultures du vent, de la chaleur et du froid excessifs sur une longueur égale à 25 fois la hauteur de la haie. Le rendement des cultures est ainsi amélioré, tandis que l’apparition de l’humus et de la biodiversité du sol sont favorisés dans les parcelles et champs adjacents.

Une haie centenaire nous procure bien sûr des plaisirs indéfinissables, gratuits, hors du temps et en cela essentiels. Les haies, auxquelles on a laissé le temps d’évoluer, sont un terrain de jeu infini pour les enfants qui peuvent y construire des cabanes, s’inventer des aventures merveilleuses à travers le lierre épais et les branches tortueuses d’un vieux châtaigner, observer avec attention la foule d’insectes et d’oiseaux évoluer autour de lui…
Avec les plus grands, l’enfant peut apprendre à cueillir les multiples petits fruits délicieux de nos haies, apprendre le nom de plantes qui remplissent de nombreux rôles phytothérapeutes et nutritifs, et simplement contempler la nature qui l’environne.
Si la filière bois énergie parvient à s’installer, nous aurons droit à des haies d’une piètre diversité, composées d’espèces choisies pour leur rendement rapide et conséquent en bois, bien trop jeunes pour remplir tous leurs rôles! Or une haie composée de différentes espèces et variétés, de toutes ses strates, d’une bonne épaisseur et centenaire, assure le gîte et le couvert à tous les auxiliaires indispensables à la santé des cultures agricoles, ainsi qu’à des chouettes qui nichent dans les charmes têtards !

Enfin, cette vie, qui habite la haie centenaire et diversifiée, n’a pas demandé à ce que l’on gère « durablement » (sic) son habitat permanent. L’arrachage des haies, leur  déchiquetage, tue quantité d’êtres vivants, qui ont toute leur importance pour les écosystèmes, et ce parfois en dehors d’intérêts propres à l’espèce humaine !

Avons-nous envie de proposer aux générations futures un paysage bocager mité, standardisé, aseptisé, où chaque ressource vivante est assimilée à une plus-value marchande ? Qu’en serait-il de notre propension à nous émerveiller devant de tels paysages ainsi que des nombreuses fonctions écologiques qui ne seraient plus remplies ? Cessons de considérer la nature comme un outil à notre service car elle est à la fois notre habitat et notre alliée !

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