Fourmies : « Stop au massacre de nos plus beaux arbres » en forêt !


Extrait de la Voix du Nord du 16 avril 2015, par Lionel Maréchal.

Des usagers de la forêt de Fourmies se mobilisent. Ils affirment que les coupes de bois se multiplient à une vitesse exponentielle depuis l’automne et que le patrimoine local en prend un sérieux coup. Ils n’acceptent pas la situation et ils ont placardé des affiches sur des arbres promis à l’abattage.

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Jacky Baivier n’y va pas par quatre chemins : « Je suis un Fourmisien, natif d’origine, depuis 66 ans, et je n’accepte pas ce que l’on est en train de faire dans la forêt de Fourmies. Depuis l’automne, c’est massacre à la tronçonneuse, ici. Des centaines d’arbres disparaissent. Et on ne sait pas pourquoi quand on va la pêche aux renseignements. Qu’est-ce qui va rester après ? » C’est en effet une réalité. Il suffit de se promener dans la forêt de Fourmies de quelque 1 000 hectares, et plus précisément autour des Étangs des Moines, de l’étang de La Guinguette ou de Notre-Dame du Bois, pour constater deux choses : des parcelles ont été très éclaircies et de nombreux arbres ont été « frappés », identifiés par un coup de hache pour être promis à l’abattage. « Le pire, dans tout cela, c’est que ces arbres ne sont pas malades. Y compris les centenaires dont on peut apercevoir le cœur du tronc plein de vitalité. Et je ne vous parle pas des gros véhicules de bûcherons qui viennent couper troncs et branches et qui abîment les sentiers de randonnée à grands coups d’ornières… », précise M. Baivier. En tous les cas, il a décidé de réagir avec un groupe d’une dizaine d’amis, des particuliers usagers de la forêt. Première action : ils ont placardé des affiches « Stop au massacre de nos plus beaux arbres » sur des « centenaires » qui vont être abattus. Deuxième action : alerte sur les réseaux sociaux. « La forêt de Fourmies est une Institution, observe encore le sexagénaire, et on ne touche pas aux Institutions. Je rencontre beaucoup de personnes, lors de mes balades en forêt, qui s’inquiètent. C’est même physique ». C’est-à-dire ? « C’est-à-dire que la forêt de Fourmies, c’est un patrimoine commun à tous les Fourmisiens. Tous ont des souvenirs. Les familles, les pêcheurs, les promeneurs, les sportifs… Gamins ou adultes, ils y ont passé de bons moments. Et puis, c’est tout ce qu’il nous reste. Quand il n’y aura plus rien, ce sera trop tard. C’est comme la forêt de Mormal, on nous disait que tout allait bien alors qu’elle était pillée pour l’Asie… ».

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A propos Jazz Man

Alerté lors de l’enquête publique en juin 2014 et intrigué par ce projet d’usine de pellets industriels - pellets destinés à alimenter des centrales électriques au charbon migrant vers le bois-énergie, en Belgique ou en Allemagne - dans le bocage de Saint-Laurent à Anor, je me suis procuré l’ensemble des documents du dossier : étude d’impact et ses annexes, avis de l’autorité environnementale, avis consultatif du commissaire enquêteur, avis du conseil municipal d'Anor, avis consultatif du Parc Naturel Régional de l’Avesnois, rapport de l’inspection des installations classées, avis consultatif du CODERST et arrêté préfectoral accordant l’autorisation d’exploiter une "unité de fabrication" de granulés de bois (120 000 T/an) et une centrale biomasse sans cogénération de 15 MW. J'ai été atterré par ce que j'y ai lu. Beaucoup de riverains étant du même avis, nous avons créé un collectif qui, au bout de quelques mois, est devenu l'association Anor Environnement. Le 20 novembre 2015, nous avons déposé un recours au Tribunal Administratif de Lille. En janvier 2016, la société Jeferco a obtenu du préfet un arrêté complémentaire qui lui permet d'utiliser des bois de classe B (bois peints, collés, vernis et pouvant contenir des métaux lourds, des fongicides, des pesticides ou des composés organiques volatiles non naturels) dans le processus de fabrication de son pellet pour l’industrie. Le 28 février 2017, le Tribunal Administratif de Lille annule l'autorisation d'exploiter qui avait été accordée par le préfet du Nord à la société Jeferco. Début mars 2017, le promoteur fait appel. La décision de la Cour Administrative d’Appel de Douai est attendue en 2018. Début 2018, ce même promoteur dépose en préfecture un nouveau projet qu'il dit être le même - la loi ayant changé pour lui être plus favorable - mais qui est en fait différent à 50% du premier projet. En effet, le premier projet a été modifié pour incorporer des bois de classe B. Le permis de construire a été modifié. Tout l'approvisionnement arrivera sous forme de plaquettes, ce qui implique la suppression de l'écorçage, du broyeur-déchiqueteur et du parc à bois. Un brevet a été obtenu en 2017. Le système de filtres de la cheminée a complètement changé pour passer du filtre cyclonique à l'électro-filtre dont les boues seront rejetées dans l'assainissement collectif. Il n'y aura pas de réunion public, ce qui va priver la population d'une information correcte que la loi exige ! Si ce second projet obtenait une autorisation, nous l'attaquerions immédiatement en justice. Car ce type d'usine polluante du monde d'avant, fonctionnant 24/24 et sept jours sur sept, n'a sa place ni ici, ni ailleurs !
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