L’avesnois possède un capital économique rare, sa biodiversité.


La société Jeferco est une société de Holding, porteuse du projet.
Son capital actuel de 700 k€ sera porté à 2,5 millions d’euros au minimum par une ouverture de 30% environ (soit 1,7 M€) à des investisseurs si possible directement ou indirectement liés à l’industrie du bois. Ce sont les chiffres diffusés par le promoteur. Si les 1,7 M€ représentent 30 % du total, l’investissement prévisible est de 6 M€. A aucun moment il n’est fait allusion aux subventions publiques qui, pour ce type de projet, sont de 15 % minimum.

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Regardons de plus prés le cout de l’usine de Cosne sur Loire, dans la Nièvre, dont la capacité de production et la structure sont identiques à celle d’Anor.

Au chapitre « 11-Capacités techniques et financières du pétitionnaire » de l’avis de la DREAL de Bourgogne, on constate que les fonds propres de Biosylva sont de 1,3 M€, des investisseurs privés apportent 3 M€, un pool bancaire apporte 9,4 M€. A ces 13,7 M€ il faut ajouter les 15 % de subvention de la part de différents organismes étatiques d’un montant de 2 M€, soit un coût total prévisionnel de 15,7 M€. Or, le patron de Biosylva révèle dans les médias, lors du lancement de l’usine en décembre 2013, que l’investissement final est de 21 M€. Pourtant ces deux usines auront la même capacité de production (120 000 T/an). Dans le détail, à Cosne sur Loire on trouve des équipements supplémentaires par rapport à Anor : une unité de conditionnement et de stockage des sacs de pellets ainsi que le forage d’un puits permettant le pompage de 10000 M3 d’eau par an.
A Anor, bien que ces équipements ne soit pas nécessaires (le pellet est vendu en vrac et la consommation d’eau est estimée à 100 M3/an = capacités d’un foyer de 5 personnes, ce qui est incroyable), on crée un embranchement de voie ferrée d’une longueur de 900 mètres sur talus dont on ne trouve aucune étude, ni aucun coût avancé. On peut toutefois penser que le montant des travaux supplémentaires de l’usine de la Nièvre sera à peu prés équivalent à la voie ferrée de l’usine implantée à Saint Laurent. Par conséquent, Jeferco devra investir une somme sensiblement égale à 21 M€, soit 3,5 fois plus que l’investissement prévu. Il est donc permis de penser qu’un projet dont l’investissement total est de 70% supérieur aux prévisions puisse ne pas obtenir les financements privés escomptés, ni l’accord des banques. C’est ce qui est arrivé pour l’incinérateur-scierie d’ERSCIA dans le Morvan. Qu’à cela ne tienne, le porteur de projet de cette usine a déposé une demande de subvention de 75 % du projet dans le cadre des « grands projets européens » ! 75 %+15 %, on frise les 90 % de subventions ! Donc, dans notre cas, prés de 19 millions d’euros payés par des subventions qui, comme chacun le sait, sont nos impôts ! Il ne faut pas oublier que les 25 emplois promis seront exonérés de charges patronales durant 6 ans. Tout ça pour créer un maximum de 25 emplois tout en supprimant dans d’autres activités (gîtes et chambres d’hôtes, petits exploitants forestier, maraicher bio), en saccageant l’environnement et l’avenir de nos enfants. Dans une telle situation, opposer environnement et création d’emplois (comme le font certains et notamment nos élus) est une posture rétrograde et une aberration économique.
Détruire les emplois de demain pour créer ceux d’aujourd’hui relève d’un comportement irresponsable. La richesse sera, pour les années à venir, dans les territoires qui auront su préserver l’environnement et la biodiversité qui deviennent de plus en plus rares.
L’évolution du monde montre que cette richesse est à considérer comme un capital, y compris un capital économique.

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A propos Jazz Man

Alerté lors de l’enquête publique en juin 2014 et intrigué par le projet d’usine de pellets industriels - qui sont destinés à alimenter des centrales électriques au charbon migrant vers le bois-énergie, en Belgique, en Angleterre ou en Allemagne - dans le bocage de Saint-Laurent à Anor, je me suis procuré l’ensemble des documents du dossier : étude d’impact et ses annexes, avis de l’autorité environnementale, avis consultatif du commissaire enquêteur, avis consultatif du Parc Naturel Régional de l’Avesnois, rapport de l’inspection des installations classées, avis du CODERST et arrêté préfectoral accordant l’autorisation d’exploiter une usine de fabrication de granulés de bois (120 000 T/an) et une centrale biomasse sans cogénération de 15 MW. J'ai été atterré par ce que j'y ai lu. Beaucoup de riverains étant du même avis, nous avons créé un collectif qui, au bout de quelques mois, est devenu l'association Anor Environnement. Le 20 novembre 2015, nous avons déposé un recours au Tribunal Administratif de Lille. En janvier 2016, la société Jeferco obtient de la préfecture une autorisation complémentaire permettant d'utiliser des bois de classe B (bois peints, collés, vernis et pouvant contenir des métaux lourds, des fongicides ou des pesticides) dans le processus de fabrication de son pellet pour l’industrie. Le 28 février 2017, le Tribunal Administratif de Lille annule l'autorisation d'exploiter accordée par le préfet du Nord à la société Jeferco. Début mars 2017, le promoteur fait appel. La décision de la Cour Administrative d’Appel de Douai est attendue pour le début de l’année 2018. Mais ce même promoteur prépare déjà un nouveau projet - probablement le même, la loi ayant changé pour lui être plus favorable - qui est en cours de finalisation. Si ce second projet obtient une autorisation, nous l'attaquerons aussi en justice. Car ce type d'usine polluante du monde d'avant, fonctionnant 24/24 et sept jours sur sept, n'a sa place ni ici, ni ailleurs !
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